A2S PARIS vous parle de “GALATÉE ou la rencontre surréaliste de Dalì et Gala”

THÉÂTRE. «Galatée
ou la rencontre surréaliste de Dalí et de Gala»

Texte et mise en scène : Mathilde Aurier. Comédiens : Lola Blanchard, Baptiste Carrion-Weiss, Théo Delezenne, Eva Ramos.

Il ne faut surtout pas rechercher dans cette pièce – intéressante et bien rythmée, au demeurant – une évocation un tant soit peu réaliste de la rencontre, historique, entre le peintre espagnol Salvador Dalí (1904-1989) et Gala (1894-1982), sa muse, avec laquelle il a passé la plus grande partie de sa vie. L’auteure de la pièce, la jeune et belle Mathilde Aurier, reconnaît elle-même avoir voulu «entremêler vérité saugrenue et fiction onirique».

L’une des rares vérités historiques de la pièce est sans doute la méthode que, selon Aurier, Dalí employait pour peindre : assis, il plaçait une cuillère en argent dans une main, au-dessus d’une casserole posée sur le sol, et il attendait de sombrer dans le sommeil, puis, réveillé en sursaut par la chute de la cuillère dans la casserole, il se levait précipitamment pour aller peindre ce qu’il venait de rêver.
Servie par un beau travail sur la lumière et interprétée par de fort bons comédiens qui, comme Aurier, ont été formés au Cours Florent, école parisienne de théâtre, avec une mention particulière pour le jeune diplômé Baptiste Carrion-Weiss, habité par le rôle de Dalí, la pièce traite des rapports entre le rêve et la réalité, ainsi que du désir, de la folie et, bien sûr, de l’amour.
«Aidez-moi !», crie Salvador Dalí au public

Tournant donc délibérément le dos à la vérité historique, Aurier imagine que Dalí et Gala, sans se connaître, rêvaient l’un de l’autre, lui assis chez lui sur un beau fauteuil doré et elle, à l’autre extrémité de la scène du théâtre, prisonnière sur un fauteuil roulant d’asile psychiatrique, ces deux fauteuils, ainsi que le chevalet de peintre de Dalí, étant pour l’essentiel les seuls composants du décor.
Gala «cherche» dans ses rêves un amant qui serait un peintre, tandis que Dalí a décidé une fois pour toutes que la femme de ses rêves s’appellerait Gala.

Et, au bout d’un moment, l’on ne sait plus trop ce qui, sur la scène, est «réel» et ce qui est rêvé par l’un ou par l’autre – ou par l’auteure.
Car cette dernière a imaginé par exemple – fort loin de toute vérité historique – un Paul Éluard (1895-1952), mari de Gala, et une sœur de Dalí qui, l’un et l’autre, apparaissent tout autant méprisants à l’égard de Dalí et de Gala et tout autant intéressés par l’argent que les talents de Dalí et de Gala pourraient leur rapporter.

S’ouvrant et se refermant sur de la musique flamenca, la pièce met en scène un Dalí immature, fragile, exubérant, souvent désagréable, et qui va répétant qu’il est un génie, tout en doutant profondément de lui-même. Je suis seul, crie-t-il au public. «Aidez-moi !».
En vérité, toutefois, le talent de Dalí fut reconnu – à Barcelone (dès 1925), puis à Paris (notamment par Picasso dès 1927) – plusieurs années avant que, en 1929, Éluard et sa femme Gala (que le poète avait rencontrée, peu avant la première guerre mondiale, non pas dans un asile psychiatrique, mais dans un sanatorium où Gala soignait une tuberculose) ne rendent visite à Dalí en Espagne, rencontre à l’issue de laquelle Éluard rentra donc seul en France. Sans Gala.

L’AUTEURE ET METTEUSE EN SCÈNE : Mathilde Aurier, née en 1996, est également comédienne. Elle est diplômée du Cours Florent, école parisienne de théâtre. Elle poursuit des études de théâtre à l’Université Sorbonne Nouvelle Paris 3.