Article de Guillaume d’Azémar de Fabrègues dans Je n’ai qu’une vie.

“L’esthétique de son univers m’a rappelé celle de David Lynch.”

”Dans son adaptation d’Anna Karanine, Laetitia Gonzalbes ose. Elle ose modifier le texte, elle crée un univers. Un univers visuel et auditif qui marche. Appuyé sur une distribution qui tient le choc, des costumes de grande qualité, une utilisation audacieuse de la lumière.”

“Ça peut étonner. Déstabiliser. Ou emporter. J’ai été un peu surpris au début, puis curieux. Et puis je me suis laissé emporter.”

Et si David Lynch s’installait dans un théâtre pour raconter la vie d’Anna Karénine ? Laetitia Gonzalbes donne une idée de ce que pourrait en être le résultat au théâtre de la Contrescarpe.

Anna Karénine… le chef d’oeuvre de Tolstoï. Femme vertueuse mariée à un homme pieux et aussi respectueux des conventions et des apparences, Anna lutter contre, puis vivre, une passion chahutée avec un autre homme. Elle part avec son amant, ne supporte pas d’avoir abandonné son fils, met fin à ses jours. La passion vient de perdre contre la morale.

Dans cette version, Vronski est Varinka, l’amant est une amante. Une façon de rendre l’histoire plus actuelle. On est en 2018, j’ose espérer que personne ne sera ni surpris ni choqué.

La mort accueille le public, masque mi vénitien mi crane d’oiseau, habit noir, peau parcheminée. « Je vous observe depuis longtemps ». Anna arrive, l’histoire se déroule telle que Tolstoï l’a écrite – voire vécue, il y a de l’autobiographie dans cette histoire. Avec quelques inserts, Maupassant, Jean Fournée.

Dans son adaptation d’Anna Karanine, Laetitia Gonzalbes ose. Elle ose modifier le texte, elle crée un univers. Un univers visuel et auditif qui marche. Appuyé sur une distribution qui tient le choc, des costumes de grande qualité, une utilisation audacieuse de la lumière. Elle ne tombe pas dans le piège de la performance pour la performance, c’est du théâtre, des personnages sont là, bien là, ils prennent le temps de raconter leur histoire. Une histoire intemporelle, racontée d’une façon très actuelle.

Actuelle et élégante.

Anna Karenine, c’est la passion contre la morale, le sexe animal contre la religion torturée. Je me souviens de la scène où les corps d’Anna et de Varinka se mêlent dans une danse sensuelle. Je me souviens de l’accouchement d’Anna. Tout est là, animal, charnel, entre ombre et lumière, sans franchir les limites de l’élégance.

L’esthétique de son univers m’a rappelé celle de David Lynch. Oui, c’est ça. Costumes, lumières, place de la musique, utilisation de la danse, c’est l’âme russe transportée à Twin Peaks, émouvant, prenant, impressionnant.

Avec une mention particulière pour le jeu de Lise Laffont, que j’ai trouvée magnifique dans le rôle d’Anna Karénine.

Ça peut étonner. Déstabiliser. Ou emporter. J’ai été un peu surpris au début, puis curieux. Et puis je me suis laissé emporter.

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