••• HISTOIRE(S) DE VIE(S) : Article de Florence YÉRÉMIAN pour SYMA NEWS •••

Les dernières confidences de Céline
De Louis Ferdinand Destousches à Stanislas de la Tousche, les patronymes s’emmêlent : l’un est Celine, l’autre un talentueux comédien qui l’incarne sur scène dans un spectacle reprenant les ultimes entretiens télévisuels de l’écrivain.
On peut de prime abord s’interroger sur la nécessité de faire une copie quasi-exacte des dernières interviews de ce génie littéraire, mais c’est si bien interprété qu’on se laisse prendre au jeu. Et quel jeu !

Quelle ressemblance !
Stanislas de la Tousche est la réincarnation même de Céline ! Peut-être lui manque t’il un zeste de mauvaise humeur et un soupçon d’arrogance mais le reste est bien là : l’élocution, la gestuelle saccadée, la verve lucide, le détachement… Même les traits de son visage ressemblent à Céline avec ce regard fuyant et cette drôle de mine désabusée.
Assis dans son vieux fauteuil, l‘écrivain nous reçoit à Meudon dans le jardin de son pavillon. Attifé d’un pull défraichi et d’un pantalon tombant de velours côtelé, il répond calmement et sans compromis aux questions de journalistes qui s’amusent parfois à le provoquer.

Le bout du Voyage…
Dans cette modeste mise en scène signée Géraud Bénech, c’est le bout du voyage qui nous est montré : Céline n’a que la soixantaine et pourtant sa mort est proche… Mal rasé, le cheveu filasse et le front creusé par de grandes rides, il parle de sa prose, revient sur son enfance misérable, puis retrace le cheminement qui l’a conduit de sa vocation médicale à sa vocation littéraire.
Calme et posée, cette pièce est aux antipodes de la mise en scène éruptive de Franck Desmedt qui nous a livré cette année un tumultueux Voyageur au bout de la nuit.
Elle n’a également rien à voir avec la sublime fresque de Denis Lavant (Faire Danser les alligators sur la flute de pan) qui retraçait toute la vie de Céline durant près de deux heures.
Intime et presque statique, le monologue de Stanislas de la Tousche frôle la mélancolie. Il faut dire que lors de ces entretiens de 1957 à 1961, Céline est fatigué. En retrait du monde et de son personnage habituellement si cinglant, l’auteur à scandale marmonne plus qu’il ne râle et semble regretter plus qu’il ne critique.

Une telle lucidité
Sa liberté de parole est néanmoins toujours là, tout comme son ironie qui n’épargne personne et certainement pas les gens de lettre : il en va ainsi des pédants du Figaro, de ceux qui se pavanent à la terrasse des Deux Magots, de la pédérastie d’André Gide ou des pseudo-écrivains qui « proustisent ». Il en va également des divagations de la peinture contemporaine, de la prétention des surréalistes ou des fantaisies picturales de Picasso.
Parlant avec autant de simplicité que d’évidence, ce Céline de la dernière heure prend du recul sur sa vie et déroule paisiblement ses pensées comme le ferait un vieux sage. Dans un mélange d’amertume et de nostalgie, il évoque aussi son dur travail d’écriture, soliloque sur les arcanes de la création et cite à loisir Descartes, Shakespeare ou La Fontaine.
On aime l’érudition de ce styliste du langage. On aime sa curiosité et son regard franc qui dissèque si bien les choses. On demeure surtout interloqué par sa vision quasi prophétique de l’avenir: pétri d’empathie à l’égard de ses semblables, cet auteur prolétaire prédit avec acuité la surpopulation de la planète, évoque sans manières la montée du flot jaune et se désole tristement face au déclin évident de la société.

Las de cette civilisation vulgaire et toujours pressée, il nous livre un constat aussi juste que pessimiste. Ceux qui connaissent un peu Céline, savent que ce médecin des pauvres n’a jamais eu d’illusions sur les hommes, mais lorsque ces paroles sont dites entre quatre murs par le sosie de Ferdinand, cela décuple leur résonance.
Le monologue de Stanislas de la Tousche ? Un face à face confondant entre vous et Céline !

 

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