••• HISTOIRE(S) DE SENTIMENT(S) > Article de PLUMECHOCOLAT •••

Le nom de Matéi Visniec est sans doute inconnu d’une grande majorité d’entre vous, mais cet auteur franco roumain de 62 ans a écrit plus d’une trentaine de pièces de théâtre, 4 romans et plusieurs recueils de poésie. Ecrivant dans un contexte politique mouvementé, ses œuvres engagées, dénonçant les totalitarismes, lui ont valu de devenir un auteur interdit en 1987, date à laquelle il demande l’asile politique en France et rédige sa thèse universitaire sur la résistance culturelle en Europe de l’Est à l’ère communiste.

Cette thématique marque bien entendu profondément son œuvre. Sans pour autant en constituer l’exhaustivité. Capable en effet d’explorer autant la noirceur que la lumière de chaque être, il aime à explorer des sentiers différents et à parler de l’humain, dans sa laideur, sa beauté et surtout ses ambivalences de façon faussement détournée. Avec « comment j’ai dressé un escargot sur tes seins », il interroge le sentiment amoureux en se servant d’une narration surréaliste qui n’est pas sans rappeler Ionesco (ou ses confrères spécialistes de l’absurde).

Au premier regard, le narrateur-héros de ce texte tombe éperdument amoureux d’une dame et voit son cœur sortir de sa poitrine et saigner ouvertement, situation légèrement complexe lorsqu’il s’agit de se déplacer. Par une série de petites aventures rocambolesques, ce cœur à vif réintégrera son corps, mais la dame viendra y loger, et même plutôt l’envahir, jusqu’à étouffer toute respiration de son soupirant (qui porte donc justement son nom).

Salvatore Caltabiano porte avec énormément de conviction ce texte atypique, dont on sent qu’il lui a pris un peu de son propre cœur, tant il en parle avec émotion à la fin de la pièce. Si « l’histoire » est atypique, elle pose, sous couvert d’absurde et de légèreté, des questions profondes sur l’âme humaine, sur la passion et la raison, l’égoïsme et le don, et l’existence ou non de limites à ce sentiment si profond et complexe qu’est l’amour.