Frédéric Bonfils pour FOU DE THÉÂTRE vous parle de “Péguy, le Visionnaire”

Ce soir j’ai passé un très bon moment dans un théâtre que je ne connaissais pas et que j’ai trouvé très sympathique, le théâtre de la Contrescarpe.
J’y ai vu L’histoire de Charles Péguy. Un auteur, philosophe, poète et politologue. Un personnage assez peu connu, il me semble, et qui a pourtant vécu une vie passionnante, fait de très belles rencontres et reste encore aujourd’hui, un visionnaire.

J’ai beaucoup aimé Bertrand Constant qui joue plein de personnages avec délicatesse et a vraiment l’air de s’amuser sur scène.

J’ai également apprécié la mise en scène de Laetitia Gonzalbez, très fluide avec de très belles lumières et un traitement presque cinématographique.

C’est une pièce très agréable à voir et instructive. Je vais vous faire partager l’interview que j’ai faite tranquillement sur un banc près de la rue de la contrescarpe avec un comédien passionnant et chaleureux.

Pourquoi Charles Péguy ?
J’avais envie de faire un seul en scène, mais je voulais essayer quelque chose de nouveau. Quand on m’a parlé de Péguy, j’ai trouvé cette idée très intéressante et j’ai demandé à Samuel Bartholin d’essayer d’écrire sur ce sujet.

C’est marrant que vous parliez de seul en scène. Car j’ai ressenti ça également. Même si c’est un seul en scène qui raconte une histoire avec des personnages et une trame.
Oui, en effet c’est tout à fait ça. Il faudrait peut-être trouver un nouveau mot pour décrire mon spectacle. Une pièce jouée seul ? Ce n’est pas seulement l’histoire de Charles Péguy en soi mais aussi celle de son passé, son vécu, ses rencontres.

Mais qui est donc Charles Péguy et que reste-t-il de lui ?
Vous savez, je ne suis pas professeur à La Sorbonne, mais je ne pense pas que ce soit tellement son œuvre en soi qui reste mais plutôt des pensées, des idées, des phrases qui sont reprises très régulièrement par les hommes et femmes politiques d’aujourd’hui.

Ce que je trouve très intéressant c’est que ce personnage nous permette d’aborder l’histoire de la fin du XIXe et début XXe siècle.
Oui, c’est une histoire qui n’est pas vraiment abordée et pourtant qui ressemble beaucoup à l’époque actuelle. Mais vous savez les gens qui ont des idées fortes, nouvelles, hors du temps passent les années.

Hors temps, finalement.
Je pense qui c’était le bon moment pour aborder ce sujet alors que dans le monde d’aujourd’hui Les gens ont la tentation d’être dans le repli.

Ce que j’ai vraiment aimé aussi c’est le montage de la pièce avec ses noirs. Ces flash-back.
C’est drôle que vous disiez ça, car j’ai surtout fait beaucoup de cinéma en dehors de mes années d’études du théâtre et nous avions justement l’envie de faire une mise en scène proche d’un film avec les fondus au noir, la musique, la voix Off.

Je l’ai ressenti et je trouve aussi que vous jouez presque plus comme un acteur qu’un comédien et ça fait du bien.
On avait envie de transmettre un côté intime à la pièce. Mais aussi d’aborder ce sujet avec une certaine légèreté J’aime bien parler de choses graves tout en gardant de la légèreté et du sourire.

C’est vrai et j’ai beaucoup souri en effet. J’ai trouvé ça très abordable, drôle et agréable comme traitement et je pense que c’est une pièce que les ados devraient venir voir.
Je le pense aussi. J’ai joué cette pièce dans les lycées. C’était très intéressant, les jeunes étaient à l’écoute et avaient l’air d’apprécier. On faisait aussi un débat suite à la représentation.

Je vous trouve très courageux dans le choix de ce sujet sur l’histoire de Charles Péguy. Quand on lit le sujet, ça ne donne pas particulièrement l’envie de venir voir la pièce.
Oui, je sais, mais je trouve vraiment ce personnage très intéressant. Du fait de son histoire, ses rencontres et ses idées.

Je voulais vous dire quelque chose aussi. J’ai beaucoup aimé la scène où vous êtes assis dos au public et que vous faites l’enfant. J’ai trouvé qu’il y avait encore une part d’enfance en vous.
Ah ! c’est drôle ce que vous dites. On me l’a souvent dit sur les plateaux mêmes quand je joue des gros durs, mais vous savez, Charles Péguy aussi avait une âme d’enfant par ses choix, ses directions son absence totale d’obscurantisme, il n’a jamais voulu se laisser enfermer dans des dogmes.

Pensez-vous, concernant l’histoire de Jeanne d’arc, comme vous le dites dans la pièce, Qu’il l’avait également entendu enfant ?
Pour cela. Il faudrait le demander à l’auteur mais, ce qui est certain, c’est qu’il a vécu à Orléans dans un milieu certainement très pieux.

Je voulais vous dire que j’ai passé un merveilleux moment agréable et instructif. C’était donc l’avant-dernière, ce soir ?
Oui, en effet, mais on reprend en septembre et il y aura, peut-être, encore pas mal de dates de prévu.

En tout cas ce soir il y avait quand même du monde pour cette saison.
Vous savez, ça fait plus de 100 fois que je joue cette pièce et j’en suis très heureux. Le bouche-à-oreille fonctionne très bien.

Sincèrement (comme toujours) c’est un beau spectacle à ne pas manquer dès la rentrée.

Je voulais aussi tirer un petit coup de chapeau au régisseur du spectacle. J’étais assis à côté de lui et j’en ai profité pour découvrir un nouveau métier que je ne connaissais pas vraiment.

J’ai trouvé qu’il avait une concentration incroyable et une grande délicatesse dans la gestion des lumières et des sons.

C’est une belle personne et grâce à lui, ce soir, je suis devenu fou de ce métier : Régisseur de théâtre.