FROGGY’S DELIGHT vous parle de “JE M’APPELLE ERIK SATIE COMME TOUT LE MONDE”

Spectacle conçu et mis en scène par Laetitia Gonzalbes, avec Elliot Jenicot et Anaïs Yazit.

Sous le titre-citation “Je m’appelle Erik Satie comme tout le monde”, Laetitia Gonzalbes propose un spectacle hybridant vérité historique et fiction pour tracer un biopic théâtralisé de Erik Satie, compositeur singulier et unique avec, et entre autres, “Les Gymnopédies”, “Les Gnossiennes” et Trois morceaux en forme de poire”, et également dramaturge, novelliste, billettiste et philosophe de l’absurde.

La partition se compose donc, et en partie, des écrits de Satie, dont les publications dans la Revue musicale telle “La journée du musicien”, de sa correspondance, comme les lettres à Biqui, la peintre Suzanne Valadon, son grand amour inaccompli, de ses aphorismes qui préfigurent ceux de Cioran, et de ses vitupérations notamment contre la, et les, critique(s) qui assassine le fameux ballet “Parade” à l’affiche duquel il figure en compagnie de Jean Cocteau et Pablo Picasso.

Mais elle comporte également une fiction imbriquée, dont l’argument inattendu ne saurait être dévoilé même si la première scène, celle d’un malade interné d’office pour trouble sur la voie publique qui, soumis à l’interrogatoire d’une infirmière étrangement vêtue d’une robe à étoiles, ne reconnaît pas être Erik Satie mais un contemporain né en 1962, en constitue l’indice.

Laetitia Gonzalbes réussit cette hardie entreprise à double détente avec une dramaturgie maîtrisée pour ménager le suspense et différer sa révélation et les combiner, avec musique, chansons et pantomimes, en un kaléidoscope magique qui ressort tant au conte qu’au drame en assurant la dualité des personnages tout comme s’avère inventive sa mise en scène à la mesure de la fantaisie satienne.

Elle signe également la superbe scénographie, avec la création des décors par Claire Avias, qui dresse sobrement, par une approche poétique, l’univers de Satie avec un tabouret de piano et deux pianos miniatures se chevauchant, dans une bichromatique noir/blanc des partitions musicales.

En l’espèce, celles-ci sont figurées par des feuilles volantes dissimulant les spots latéraux entourant un écran sur lequel est projetée une amusante illustration graphique animée réalisée par Suki avec de guillerets inserts musicaux signés par Tim Aknine et David Enfrein.

Au jeu, deux comédiens en symbiose porte haut cet opus : l’aîné aguerri, Elliot Jenicot qui compose un formidable ‘”Esotérik Satie”, grand escogriffe à besicles et chapeau melon, obsessionnel du parapluie, dandy maniaque qui crève de solitude et la jeune Anaïs Yazit à la fraîcheur prometteuse incarnant avec une délicate sensibilité les figures féminines.

 

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