FROGGY’S DELIGHT vous parle de “LA CHUTE” d’Albert CAMUS

Monologue dramatique d’après l’œuvre éponyme de Albert Camus interprété par Stanislas de la Tousche dans une mise en scène de Géraud Bénech.

“La Chute” dernier opus de l’écrivain et philosophe Albert Camus, s’articule autour de la chute, entendue comme le péché originel, et la thèse de la culpabilité consubstantielle à la nature humaine dans une variation athée de la morale judéo-chrétienne qu’il aborde dans le registre de la controverse philosophique.

Albert Camus a précisé qu’il dressait “le portrait d’un petit prophète comme il y en a tant aujourd’hui. Ils n’annoncent rien du tout, et ne trouvent pas mieux à faire que d’accuser les autres en s’accusant eux-mêmes”. Un homme singulier, et dont le nom Jean-Baptiste Clamence renvoie symboliquement au prophète biblique Jean le Baptiste clamant dans le désert, se révélant un vaniteux pratiquant une autosatisfaction sans limite quant à sa supériorité intellectuelle, délivre sa confession de p(r)êcheur pour qui “chaque homme témoigne du crime de tous les autres”.

Ce témoignage-confession sous forme dialogale de convention avec un interlocuteur muet est celui d’un homme obsédé par un acte, non sa commission mais son omission, qui ressort à la confrontation avec soi-même sur le mode du plaidoyer et/ou réquisitoire d’un homme révélant non seulement sa culpabilité mais sa duplicité.

Travaillent régulièrement de concert, ainsi pour le superbe “Derniers entretiens” d’après l’oeuvre de Louis-Ferdinand Céline, le comédien Stanislas de la Tousche et le metteur en scène Géraud Bénech présentent une transposition scénique qui rend compte de la dualité consubstantielle du personnage, ainsi que ce dernier l’indique en évoquant “la fine crête qui sépare l’hyperacuité de la folie”.

L’ambiguïté de la confrontation avec soi-même, à laquelle s’ajoute l’invocation, d’autant plus brillante qu’elle émane d’un ancien avocat, de la circonstance atténuante tenant à l’universalité du comportement humain se révèle, en l’espèce, on dans le bar originel mais “in door” dans l’espace intime d’un cabinet de travail.

La parole est portée de manière émérite avec une éloquence sensible par Stanislas de la Tousche qui navigue subtilement entre la vraie fausse humilité du repentant et le faux vrai cynisme du “pécheur”.

 

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