JE N’AI QU’UNE VIE vous parle de “EN MODE PROJET”

Philippe Fertray pose son regard affuté et tendre sur le monde du (non)travail, il en dresse un portrait corrosif, les mots fusent pour un vrai moment de plaisir et d’espoir.

Sur scène, un bureau, un ordinateur, des classeurs. Un téléphone, une agrafeuse, des Post It, tout est là. C’est le bureau d’Alfred Carmut, qui aime répondre au téléphone, cocher des cases, transmettre des dossiers. Jusqu’au moment où un oiseau attire son attention, il met les pieds sur son bureau, s’endort… et se réveille chez Paul Empoil pour un stage de motivation en mode projet.

Après ce prologue dont je me demande pourquoi il est joué sur une voix off, le spectacle commence à pétiller, et j’ai savouré.

Philippe Fertray, c’est un regard, le regard qu’il pose sur la société. Un regard juste, affuté, tendre. A l’exact milieu entre caustique et affectueux. Il ne se moque pas des gens, il montre leurs travers, et en rit avec eux. On imagine son personnage dans la salle, on l’entend s’exclamer en riant « Eh, c’est moi, ça ! ».

Philippe Fertray ce sont les mots, et c’est un sacré jongleur de mots, il les prend, les décortique avec logique, les réassemble avec rigueur, et le voilà parti à parler de décruting, du nom des pains, à prendre une de ces phrases qu’on a tous entendue et fait semblant d’approuver d’un air grave, à mettre les mêmes mots dans un autre ordre, on peut toujours approuver du même air grave, mais là on sait que quelque soit l’ordre des mots, la phrase n’a pas de sens.

Avec ces mots, avec ce regard, voilà Nadeja, coiffeuse, Jean Nabil, cultivateur breton qui prone la diversité, Kim Daniel, technophile venu de Corrèze du sud…

Le résultat est corrosif. Avec ces personnages auxquels on a pu s’attacher, avec ces mots qui ont virevolté, Philippe Fertray a dressé un portrait sans concession du monde du travail, ou plutôt du monde de la formation – accompagnement. Je ne connais pas l’homme, je l’imagine fondamentalement bon, parce que si le portrait est sans concession, le message est plein d’espoir : osez, rêvez, vivez vos rêves.

Philippe Fertray a posé ses valises pour tout l’été au Théâtre de la Contrescarpe, ne manquez pas l’occasion, il y a du Devos dans cet homme là.