LE BILLET DE BRUNO vous parle de “JE M’APPELLE ERIK SATIE COMME TOUT LE MONDE”

« Je m’appelle Erik Satie comme tout le monde » de et mise en scène par Laetitia Gonzalbes au théâtre de la Contrescarpe est une fiction ensoleillée, troublante, qui a pour prétexte Erik Satie.

Dans un décor tout blanc où le noir sera présent, nous sommes dès le début saisis ; saisis par cette surprenante intervention d’un infirmier d’un hôpital psychiatrique qui demande du renfort suite à l’évasion d’un patient.
Puis entre sur scène une infirmière, toujours pas d’Erik Satie me direz-vous. Nous qui sommes venus écouter un témoignage sur sa vie commençons à nous poser des questions…
Ah enfin Erik Satie entre sur scène avec en musique de fond sa première Gymnopédie qui me bouleverse à chaque fois au plus haut point, et nous écoutons alors un dialogue surréaliste entre l’infirmière et le compositeur : un univers qui m’a fait penser à Ionesco.
Et la phrase du flyer de Xavier Delette : « sommes-nous prêts à accepter un autre qui ne fonctionnerait pas comme nous ? » commence à avoir du sens…

Un dialogue entre cette jeune infirmière bienveillante Anna et le compositeur doté d’un pince-nez toujours un peu de travers et d’une barbe en pointe, à la stature longiligne, aérienne, qui dévoile petit à petit la vie d’Erik Satie à la folie, la sensibilité exacerbées depuis cet hôpital d’Honfleur, ville de sa naissance…Hasard du lieu ou un rendez-vous programmé !?

Le compositeur aux œuvres intemporelles, comme celles de ses Gymnopédies, ses Gnossiennes et ses morceaux en forme de poire dont vous découvrirez une très belle calligraphie sur un écran témoin de sa vie, se livre sans réserve.017 format web ©
En tous cas une progression dramatique intéressante, parfois inquiétante, qui nous fait découvrir, si vous n’êtes pas un aficionado d’Erik Satie, sa vie, son œuvre, ses colères, les témoins de son parcours comme Debussy à qui il aimait envoyer des piques, ou encore Cocteau, Picasso, Ravel et tant d’autres…sans oublier son amour pour l’artiste peintre Suzanne Valadon. Mais aussi un rapport patient – praticien ciselé où la vie et le deuil se mêlent.

Une fiction très originale, très documentée, entre un personnage réel et inventé où les tics et la gestuelle des personnages ont une importance primordiale dans leur évolution, dans leurs jeux. La fin de cette fiction, très surprenante, au rebondissement théâtral, ne manquera pas de vous toucher. Une fin à fleur de peau qui laisse place à un beau soleil apportant une fragilité réconfortante.

La mise en scène de Laetitia Gonzalbes est rythmée, fluide, légère, et met nos deux comédiens en phase dans leurs corps, dans leurs danses, aux gestes très précis. Ils sont habités par leurs personnages, et nous plongent avec beaucoup d’humour, d’émotions, dans la vie de ce virtuose dont la musique ponctue les dialogues avec délices ; une musique adaptée et interprétée par Tim Aknine et David Enfrein.

Les vidéos, les illustrations de Suki sont le troisième personnage. Elles sont magnifiques dans leurs graphismes, comme ces lettres adjointes de vrilles qui permettent aux plantes grimpantes de s’accrocher sur leur support.

Elliot Jénicot est un Erik Satie tout à fait remarquable. Son jeu millimétré et très expressif nous emporte dans un tourbillon de fantaisies à la légèreté rieuse.
Quant à Anaïs Yazit elle joue une infirmière, en toute simplicité, avec une émotion, une fragilité, palpables. Son grain de voix donne une belle couleur à son personnage empreint de gentillesse qui cache un désir intense de liberté.

Alors n’hésitez pas, laissez-vous séduire par les mots d’Erik Satie toujours à la recherche de son parapluie…

 

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