Le Billet de Bruno vous parle de “L’ÉTRANGE AFFAIRE ÉMILIE ARTOIS”

« L’étrange affaire Emilie Artois » d’Emma Baudoux et Lucas Andrieu dans une mise en scène de Damien Dufour au théâtre de la Contrescarpe est une pièce policière aux multiples rebondissements totalement surprenants.Ce qui pourrait être une banale conversation dans un commissariat de police par un jeune inspecteur fraîchement sorti de son école, devient au fur et à mesure de la progression de l’interrogatoire une histoire fantastique, comme un certain Pierre Bellemare aurait assurément aimé la conter.

L’inspecteur de police Alexandre Leclerc a convoqué Emilie Artois, une jeune femme bien sous tous rapports, tout du moins ce qu’elle présente, au sujet d’un vol de carte bleue. Vol que son petit ami a notifié à la police en portant plainte : est-elle coupable ou est-elle la victime ? Vient-elle pour soulager sa conscience ?

Toute l’intrigue, dont évidemment je ne peux pas souffler mot au risque que vous demandiez ma tête, repose sur cette interrogation.
Pendant 1h10, nous assistons à une montée en puissance des révélations de part et d’autre ; une tension qui nous tient en haleine jusqu’au dénouement final, qui je dois dire est totalement déroutant, surprenant. A se demander ce qui s’est passé dans la tête des auteurs ?
Les doutes s’installent dans la conversation, on se demande qui manipule qui ? Qui est sincère ? Un requiem au bord de la folie parfaitement orchestré et joué en pleine intensité par les deux comédiens.
Un jeu du chat et de la souris où personne ne sort indemne dans ce huis clos adroitement bien ficelé : un puzzle de 1.000 pièces qui s’assemblent dans une mécanique bien huilée.

Des répliques chocs habilement mises en valeur par la mise en scène de Damien Dufour. Il a conduit un affrontement des deux personnages avec une vision machiavélique de l’histoire. Les regards, les sourires, se multiplient avec l’incorporation de la vidéo pendant l’interrogatoire, complétée par une musique intrigante qu’il a également signée. Un sentiment à la fois de bien être et de mal être, mais on en redemande, on veut savoir jusqu’où ils sont capables d’aller.
Il nous fait aimer ce que nous devrions détester avec l’impudence de nous faire rire.

Elena El Ghaoui joue tout en subtilité cette énigmatique jeune femme venue innocemment répondre à un interrogatoire de police. Une main de fer dans un gant de velours…
Elle m’a fait penser à Stéphane Audran dans les films de Claude Chabrol. On retrouve dans son jeu le calme et l’élégance de l’artiste, elle est fascinante.
Lucas Andrieu, le co-auteur, qui joue le rôle du jeune inspecteur est totalement investi dans sa mission. Complètement dérouté au début de l’audition, il va la mener crescendo, avec l’absorption de nombreux cafés, en bien ou en mal, pour devenir un fin limier de l’interrogatoire. Son jeu à fleur de peau est captivant.
Ces deux talentueux comédiens nous charment, nous effraient, nous indisposent, enfin bref ils nous tiennent par le cou sans lâcher la bride, au risque de nous étouffer…c’est jouissif.