••• Article de Laura Pas dans LES TROIS COUPS •••

 

Avec une fantaisie exquise et un humour débridé, Noémie Fansten nous conte dans « le Lion dans la cage » les tribulations d’une bigleuse, depuis l’enfance jusqu’à aujourd’hui : une belle réflexion sur les cages de la « normalité » et les pouvoirs de l’imagination.
D’abord, le lion de Noémie Fansten semble à son aise dans cette petite cage noire qui lui permet de nouer un rapport de complicité et d’intimité avec les spectateurs. Ensuite, le spectacle est une surprise charmante, si bien qu’on le verrait bien en double, comme qui louche.
Les ingrédients de cette réussite ? Il y a d’abord un texte, qui a rebours des modes actuelles du théâtre jeunesse, ose être accessible, poétique et amusant. Il associe, par ailleurs, la sensibilité de la biographie à la verve acide de la critique, sur un sujet important : la différence.

Monstres et compagnie
Noémie Fansten, qui porte le texte sur scène avec une simplicité et une générosité désarmantes, raconte en effet sa propre histoire. Il était une fois une petite fille à qui on diagnostiqua un strabisme, un astigmatisme, et pour faire bonne mesure, une hypermétropie. Munie de verres à double foyers dont on devine le glamour, elle affronta des trajets à gogo, des spécialistes vieillots, et des camarades dignes des monstres de contes de fée – malheureusement très répandus dans la vraie vie. Et la comédienne d’évoquer les séances humiliantes de sports, le célibat et les quolibets…

On pourrait avoir un spectacle pathétique, à la Oliver Twist. Cependant, le « serpent à lunettes », comme ses camarades la nomment, a du venin à revendre (mélange corrosif de vitriol et d’humour) et sa vision particulière lui permet de repeindre, comme sa grande cousine Catherine Certitude, le monde à sa manière. Voici donc que les stations de métro s’animent, que les animaux et les êtres prisonniers des appareils médicaux s’émancipent. Alors, nous rêvons; alors, nous rions de tendresse. Et puis la vie réserve bien des surprises : les vilains petits canards deviennent cygnes (attention, l’espèce peut-être un brin prétentieuse) et les lions sont apprivoisés par des vieilles dames sans âge.

Fin, plein de dérision, le texte est porté à la scène avec assez de talent pour que la mise en scène semble s’effacer devant l’histoire. Il est mis en valeur par les délicieuses créations vidéo d’Olivier Garouste qui rendent palpable le pouvoir d’associer les êtres aux sons et aux couleurs. De plus, cette vidéo restitue parfois aussi une époque : les années 80 avec ses chromos (séries télévisées, coupes improbables, marques Chipie ou Chevignon). La bande son de Cristián Sotomayor, qui suit les rythmes du texte, parfait encore cette création.

À la fin de l’histoire, l’enfant a appris à se placer à la bonne distance. Et c’est cette distance liée à la poésie, à l’humour qui fait la réussite de ce spectacle, profondément humain.

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