L’ECHO RÉPUBLICAIN VOUS PARLE DE “ANNA KARÉNINE”

Quand Anna Karénine quitte son mari pour une femme…
Du roman de Tolstoï, adapté sur la scène du Théâtre de la Contrescarpe, à Paris, Laetitia Gonzalbes a tout gardé… sauf que l’un des protagonistes a changé de sexe. Résultat, l’héroïne ne quitte plus son mari pour un homme, mais pour une femme. Audacieux, fort et poignant comme un cri du cœur. 

Pourquoi ce changement de sexe d’un personnage ? 
C’est pour retrouver la pleine puissance du texte dans une époque contemporaine. L’idée d’un adultère traditionnel, une femme de la haute société qui sacrifie tout pour un homme, fonctionnait moins. Je me suis dit que pour transmettre la force du texte, il fallait l’adapter à notre époque. L’histoire de Tolstoï en est d’autant plus puissante. 

Est-ce une envie de sacrifier à l’air du temps ?
C’est bien plus fort que ça. J’ai envie de faire des pièces qui dénoncent des choses importantes. Je suis attachée à certaines valeurs républicaines. Pour moi, faire du théâtre, c’est faire de la politique. 
À l’heure du mariage pour tous, on pourrait penser que toutes ces histoires de mœurs et de choix de sexualité se sont banalisées. 
Étonnamment, on a des jeunes assez libérés sur certains sujets. En revanche, lorsqu’on rencontre les associations, on se rend compte que c’est pire qu’avant. Il se passe avec l’homophobie ce que l’on connaît aussi avec l’antisémitisme. Il y a un retour de la morale un peu judéo chrétienne. 

Cette pièce contribue-t-elle, selon vous, à lutter contre l’homophobie ? 
J’espère, mais ce n’est pas une œuvre militante, au grand dam de certaines associations LGBT qui ont trouvé que je n’allais pas assez loin. Je n’ai pas voulu choquer, par exemple mettre deux femmes nues sur scène. En faisant une adaptation tout public, cela rend l’œuvre plus efficace. J’ai essayé de ne pas traiter directement du sujet de l’homosexualité car je reste dans l’histoire de Tolstoï. Je n’ai rien changé au texte.

Que voudriez-vous que l’on retienne de cette adaptation ? 
Que l’on sorte du théâtre avec l’envie de respecter davantage le droit à la différence. Comme Anna Karénine, certains (hommes ou femmes), se suicident car ils sont victimes des convenances, des préjugés d’une société conservatrice. Ils ont le sentiment d’être dans une époque qui ne les acceptent pas et le suicide est la seule issue. C’est valable en amour comme dans le milieu professionnel. J’aimerais que l’on soit plus respectueux, plus tolérant.

Ce que vous faites avec Tolstoï, vous auriez pu le faire avec un autre auteur, un autre texte ? 
Je ne sais pas, mais Anna Karénine est une œuvre qui m’a profondément touchée. J’ai eu envie que l’on comprenne mieux le message d’un auteur qui a inspiré Gandhi.