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L’Exception : la voix d’une adolescente au cœur des camps de la mort

Dans le cadre des rendez-vous “LAD” : Un Livre, une Adaptation, Un débat, le Théâtre de la Contrescarpe accueille une pièce touchante et prenante de Jacky Katu, L’Exception, adaptée du livre de Ruth Klüger, Refus de témoigner.

Un texte à couper le souffle magistralement interprété par Sandra Duca. Une performance à découvrir le 16 mars 2019. 

Il y a des pièces qui font écho à la triste actualité de ces derniers jours. A l’heure où le mot “Juden” (Juifs) est inscrit en lettres jaunes sur la vitrine de magasins, où des portraits de Simone Veil sont marqués d’une croix gammée, où des arbres plantés en hommage à Ilan Halimi sont sciés…. L’Exception nous ramène à une histoire pas si lointaine, qui devrait nous servir de leçon… Et pourtant, comment parler de la Shoah aujourd’hui? 
L’Exception est une partie de l’histoire de Ruth Klüger. Petite fille juive, Ruth grandit à Vienne. Sa condition de juive, elle la découvre un jour où elle décide d’aller voir Blanche Neige au cinéma. Mais les juifs n’ont pas le droit d’aller au cinéma. C’est ce que lui rappelle une jeune fille de son quartier. 
Et ce n’est que le début… Elle n’a que 12 ans, quand en 1942, elle est déportée à Theresienstadt, avant un départ pour Auschwitz, en 1944. Elle échappe à cette mort certaine qui attend les enfants de moins de 15 ans, et se raccroche à cette volonté de vivre, de ne pas mourir dans les camps. Elle parviendra à s’enfuir avec sa mère, peu avant la libération. 
Et c’est cette histoire qu’elle nous raconte, des convois, de l’arrivée dans les camps, de cet instinct de survie, de ce qu’elle voit et de ce qu’elle vit. Un récit factuel, glaçant tant il est brut. 

Ce récit est d’autant plus touchant qu’il est celui d’une enfant face à la barbarie. Et c’est avec le regard de la jeune fille qu’elle était alors que Ruth partage avec nous son témoignage. 

Vêtue de la tenue rayée des déportés, Sandra Duca, nous livre ces mots, d’un ton presque détaché, mais qui nous prennent, et nous plongent dans l’horreur de la solution finale. Des mots, mais aussi une gestuelle. Ce corps qui se désarticule, cette bouche qui semble chercher une bouffée d’air pur… On suffoque avec elle, on partage cette inhumanité qui l’entoure et contre laquelle elle lutte pour garder son identité et ne pas être uniquement ce numéro tatoué sur son avant-bras gauche. 

Elle devient cette petite fille dans un cinéma de Vienne, cette adolescente que sa mère oblige à mentir sur son âge pour qu’elle survive… 

Un rôle fort qui est à sa mesure et qu’elle défend avec brio. 

C’est Jacky Katu qui signe cette adaptation de Refus de témoigner. Ce qui l’a attiré dans ce livre de Ruth Klüger, peu connu en France, c’est le côté brut du récit, bien loin de tout ce qui a pu être écrit sur le sujet. L’avis de Ruth Klüger quant au regard que l’on porte sur la Shoah est singulier. Elle qui a refusé de témoigner pendant plus de 50 ans, nous dit qu’à la Libération, il était difficile de parler des camps, car les gens voulaient passer à autre chose, reprendre le cours de leur existence en refusant de voir la réalité atroce ou en l’occultant. De nos jours, la Shoah est sanctuarisée et les témoignages factuels tels que le sien passent mal. 

L’Exception est une pièce à ne manquer sous aucun prétexte. Ce qu’elle raconte c’est une page de notre histoire au travers du parcours d’une enfant exceptionnelle. Elle nous permet également une réflexion sur ce qu’on appelle le devoir de mémoire et sur la façon de transmettre ce que l’homme est capable de faire aux jeunes générations à l’heure où les survivants sont moins nombreux. 

Une thématique qui fait partie de celles développées lors du débat organisé après le spectacle. Les spectateurs peuvent alors dialoguer avec Sandra Duca et Jacky Katu. Un échange riche et passionnant qui permet de nourrir sa propre réflexion. 

Un moment de partage dont on ne sort pas tout à fait le même, tant il est clair que l’histoire est un éternel recommencement. Et qu’on voudrait à tout prix que cela se reproduise.