••• HISTOIRE(S) DE LANGAGE(S) > “PAS D’SOUCI ?” VU PAR FROOGY’S DELIGHT •••

“Pas d’souci ?”, le seul en scène de Philippe Fertray sous titré “Halte aux abus textuels”, annonce la couleur : celle de la traque humoristique des virus linguistiques et des dérives langagières.

Et des locutions-concepts aberrantes, du jargon internautique, de la traduction improbable d’idiotismes, notamment anglo-saxons tel le “no worries” étasunien devenu la scie “pas d’souci”, aux terminologies incompréhensibles, des vacuités de la branchitude aux discours aussi verbeux qu’abscons qui, après avoir été l’apanage des énarques, ont contaminé tous les champs professionnels et toutes les classes sociales, la matière abonde.

Philippe Fertray endosse, au propre et au figuré, le personnage de clown post-moderniste, voire néo-moderniste, pour explorer, avec autant d’humour au second degré que de subtilité, cet effondrement sémantique jusqu’à la frontière de l’absurde et du surréalisme.
Et ce, de l’indigence orale, avec, par exemple, la “voilatisation”, à l’empilement incongrus de mots “savants”, avec l’aide involontaire de personnalités médiatiques ou médiatisées de tous poils, du journalisme au show-bizz en passant par la planète foot et le barnum politique, qui lui permet d’aborder avec une sagacité aiguisée par l’esprit critique, les grands sujets d’actualité.

Epatant, se référant même à la crème des philosophes dans années 70, Philippe Fertray use intelligemment de la satire jubilatoire et d’une plume inspirée pour tirer sans sommation sur les inepties contemporaines.

Avec la mise en scène survitaminée de Virgine Darmon et la vélocité élocutoire de l’officiant, tout va vite, très vite, et il est conseillé au spectateur de “lâcher prise” tout en “ne lâchant rien” pour profiter de ce décrassage d’oreilles et, accessoirement, de neurones.