QUOTIDIEN LIBRE vous parle de “JE M’APPELLE ERIK SATIE COMME TOUT LE MONDE”

Je m’appelle Erik Satie comme tout le monde est une création originale de la vie du pianiste qui se joue au théâtre de la Contrescarpe jusqu’au 5 janvier 2020.

Cette pièce de théâtre, mise en scène par Laetitia Gonzalbes décrit par petites touches un personnage pétri de contradictions, dont il sort par une simple pirouette. L’air de rien, Erik Satie manie avec adresse l’ironie et l’humour noir pour dépeindre son époque et répondre à ses détracteurs, pour le plus grand plaisir de son auditoire. La pièce invite le public à se délecter de ses bons mots, à travers la reprise de nombreuses citations du musicien, qui laisse entrevoir, de façon décousue, quelques aspects de sa vie.

Au début et à la fin du spectacle retentissent en off les voix d’Erik Satie enfant et de sa mère, (Jane Leslie Anton) jouant à cache-cache, comme si le personnage allait remonter et ainsi faire découvrir le jeune Normand facétieux qu’il était. Puis, soudainement, plus rien. Seulement des murs blancs baignés de lumière. De Satie, il ne reste que les quelques partitions de musique suspendues de part et d’autre de la scène et éclairées par le bas à l’aide d’un projecteur posé au sol. Sur scène, Erik Satie et Anna apparaissent. Lui, reconnaissable entre mille par sa longue barbe, porte un chapeau rond noir et tient un parapluie dans une main. Il pleut, l’orage gronde. Le pauvre bougre est hospitalisé. Il souffre de plusieurs pathologies sévères (cirrhose du foie, pleurésie, pneumonie, rhumatisme, polype dans le nez, alcoolisme, tabagisme…). Heureusement, cette semaine-là, c’est Anna qui est de garde pour égayer ses après-midis. Anna réussit avec bienveillance à faire parler l’artiste qui se dérobe en musique: « La Bohème » de Charles Aznavour, puis « J’irai revoir ma Normandie » de Frédéric Bérat qui témoigne son attachement pour sa région natale. Il répète souvent qu’il a « une œuvre à achever…. » Le public (re) découvre ses morceaux emblématiques tels que « Gymnopédies », « Gnossiennes » ou encore « Trois morceaux en forme de poire », composé pour son ami Claude Debussy.
Quelle étrange jeune femme, Anna. Elle, qui semblai être au départ un personnage rationnel, plutôt banal, se révèle au fur et à mesure de l’avancée de l’histoire une personne bien plus complexe qu’il n’y paraît…, à l’instar de l’environnement dans lequel elle évolue. Animé par les illustrations et textes de Suki projetés sur le mur du fond, ce dernier nous emmène aux frontières du réel et de l’imaginaire. Erik Satie est interprété par Elliot Jenicot et Anna par Anaïs Yazit. Les deux comédiens rendent la pièce poignante, voire perturbante par son authenticité. Une jolie caresse à la mélancolie.

 

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