SPECTATIF vous parle de “JE M’APPELLE ERIK SATIE COMME TOUT LE MONDE”

Laetitia Gonzalbes nous fait ici un très beau cadeau artistique. Un spectacle riche et léger, documenté et charmant où une ribambelle de surprises virevoltent et se posent un instant sur notre imaginaire pour s’envoler très vite et laisser place aux suivantes. Voici du théâtre musical de haute tenue qui réussit un double exploit. Évoquer en l’illustrant adroitement la vie de Satie, son œuvre dans son contexte et nous happer par une histoire qui va crescendo, nous bousculant de ses nombreux rebonds. C’est captivant et envoûtant, nous sommes emportés dans un merveilleux baroque et loufoque qui peu à peu devient saisissant.
 
Retrouver Érik Satie est toujours un plaisir immense perlé de découvertes iconoclastes et captivantes tant sa vie fut particulière, flamboyante et triste, insouciante et sérieuse, à l’image de ces artistes, génies de création, reconnus et adulés à présent mais souvent honnis ou oubliés de leurs vivants.
 
Que cela soit chez lui dans sa maison de Honfleur aujourd’hui devenue musée ou encore dans les évocations théâtrales ou plastiques, et bien sûr à l’écoute de sa musique, l’univers de Satie et ses délires fantasmagoriques prenant vie dans ses expressions ou ses musiques en forme de poésie burlesque nous trouble, nous touche et nous caresse comme pour consoler ou rassurer, séduire ou enchanter. Sans doute tout cela à la fois, autant que permis et désiré. Ce spectacle le restitue finement. Un délice.
 
L’écriture de Laetitia Gonzalbes s’appuie sur une composition variée de textes, d’images et de situations. Poèmes, pas dansés mis en place au cordeau, dessins projetés, lectures et jeux.  La poésie de l’ensemble, rythmée par des ruptures, se maquille de surréalisme et s’habille de non-sens. L’absurde vient toucher l’abstrait sans le faire tomber. Satie ne rougirait pas, ironiserait-il ? sans doute un peu mais un rien, juste ce qu’il faut pour garder son chapeau melon posé dignement sur la tête et sa réputation toujours établie.
 
La mise en scène met en valeur les jeux et la progression de l’histoire avec un habilité de velours et une brillante et lumineuse mise en place. Les éclats de joie nourrie de dérision, les souffrances contenues qui s’échappent par moments, la complémentarité complexe et si vraie des deux personnages, sont détonants. La curiosité est entretenue dans un vrai-semblant de divertissement. L’émotion surgit par moments mais tisse une grande toile peu à peu. Les sensations passent la rampe, nous ravissent et nous emportent littéralement dans cette curieuse et merveilleuse histoire.
 
Elliot Jenicot est un Satie plus vrai que nature. Ses intonations, son corps et son jeu, voltant du caustique à l’attendrissement en passant par la colère et la séduction, sont d’une crédibilité et d’une efficacité époustouflantes. Nous savions ce comédien très bon mais là, il resplendit. Anaïs Yazit compose une Anna touchante et surprenante dans ses sautes d’humeur parfaitement maîtrisées. Sa palette de jeux est impressionnante. Jeune femme forte et sûre d’elle, jeune femme meurtrie ou figure onirique, elle joue avec une fluidité expressive remarquable. Chapeau bas mademoiselle Yazit et monsieur Jenicot, vous nous avez fait vibrer de plaisirs et de sensations.
 
Un spectacle des plus réussis. Un moment théâtral et musical surprenant tant par son écriture que par son interprétation. Du très bel ouvrage. Immanquable rendez-vous délicieux et étonnant avec Satie.

 

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