YVES POEY pour DE LA COUR AU JARDIN vous parle de “À LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU”

Allez chauffe, Marcel !

Marcel, il arrive côté jardin, dans un somptueux costume blanc cassé très début XXème siècle, grand manteau, trois-pièces assorti, feutre sur le chef et chaussures bicolores.
Dans sa main droite, une petite valise verte.
Comme une première impression de remonter le temps.

Le temps…

Ce temps qui semble s’être arrêté dans cette chambre dont les meubles ont été recouverts de draps, afin de les protéger de la poussière de l’oubli.

Ce temps proustien que le metteur en scène Virgil Tanase et le comédien David Legras ont eu l’excellente idée voici quelques années déjà (le spectacle fut créé à Avignon en 2002), l’excellente idée de nous faire retrouver.

Les deux hommes ont donc décidé de nous proposer cette immersion dans la colossale œuvre de Proust, en sélectionnant d’une part des extraits qu’ils jugeaient essentiels, et en « passant au gueuloir » ces morceaux choisis. Une gageure totalement réussie.

Passer Proust à l’oralité ? Pas seulement.
Non content de mettre en voix le texte, il s’agit véritablement ici de “mettre en corps” tout ce que nous écrit et nous dit l’auteur, de rendre non seulement audible, mais également visible ce qui fait la spécificité de la langue de Proust.
Nous voici donc dans la chambre de Marcel.
Avec l’auteur et le comédien, nous allons nous souvenir. Nous allons nous approprier les mots, la mémoire, les images qui nous seront dits et montrés afin d’obtenir ces morceaux de « temps à l’état pur ».

David Legras va les dire ces mots, ces images mémorielles. Il va les jouer.
Et de quelle façon !

Il commence de façon assez lente, comme étonné de se retrouver dans cette chambre.
Grâce à sa diction précise, grâce aux mots qui semblent s’envoler, grâce à la gestuelle de son personnage de dandy, nous sommes vraiment plongés dans l’univers du grand Marcel.

La présence scénique de David Legras permet de rendre « palpable » le texte ô combien passionnant.

Nous ressentons ces souvenirs d’enfance et de jeunesse, nous voyons, nous avons le goût de la célèbre madeleine, nous voici face à la duchesse de Guermantes, à côté d’Albertine (quelle bonne idée que ce grand foulard couleur chair…), ou de Mme Swann, nous nous étonnons de la gravure du Prince Eugène, nous apercevons même Bénodet…

Le souvenir, la mémoire sont également mis en scène grâce au contenu de la petite valise verte qui se révèlera être beaucoup plus qu’une petite valise verte.

Le monde de l’enfance est symbolisé notamment par un petit landau, un jouet, dans lequel se trouve une poupée de chiffon.

Avec ce montage d’extraits plus ou moins connus, Virgil Tanase et David Legras nous rappellent et nous démontrent le caractère paradoxalement intemporel de l’œuvre de Proust.
Grâce à eux, Proust nous parle vraiment. Au sens propre comme au figuré.

Comme plusieurs familles hier soir, si vous voulez faire découvrir l’œuvre à des adolescents, emmenez-les donc au théâtre de la Contrescarpe.

Quant à moi, je n’avais qu’une envie en sortant de la salle : ouvrir les différents volumes de la Recherche afin de retrouver ce que j’avais vu et entendu.

Un bien beau moment de théâtre et de littérature, que cette heure et quart-là !

 

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